J’ai pour ma part rencontré ces « ambiançeurs » en 2012 par hasard. Je considère mon projet comme une rencontre humaine.
Ces hommes et ces femmes dont la vie est difficile, se transforment le soir ou les fins de semaine, et jouent à être quelqu’un d’autre. C’est un exutoire, ils changent de noms, s’apprêtent, et sortent dans les quartiers (Bacongo, Moungali, Moukondo…)pour exister autrement. Ils sont connus et reconnus. Ils sacrifient un lourd budget afin de satisfaire leur passion, mais le plaisir et le jeu l’emportent sur la raison financière. Ils accumulent les marques, qu’ils citent avec fierté.

2012

L’Afrique a cela de doux qu’elle laisse le temps au temps. Entre les attentes et les prises de vue pour ma mission, je décide de rencontrer des jeunes du Collectif de photographes ELILI.

Khelly Manou de Mahoungou est un interlocuteur immédiat puisque chargé de la communication du Collectif. Notre entente est immédiate et il devient mon « fixeur ». Nos balades photographiques se transforment en une rencontre fortuite avec quelques représentants du mouvement des « sapeurs » de Brazzaville.

Certes le sujet n’est pas nouveau, mais il m’a toujours intrigué. Nos nouveaux amis échangent autour d’une Ndok, la bière locale, et racontent leur passion pour la sape. Ce sont des personnages incroyables, Meya est dans la «sape» depuis plus de 30 ans.
Je décide de me rendre une soirée à « la Main Bleue », lieu fréquenté par les « sapeurs ». Mais ce soir là, personne. « il faut aller à la Détente », me souffle le gardien des lieux.

Une soirée à « La Détente », au son des airs de Rumba du célèbre orchestre « les Bantous de la capitale », et l’idée germe, pousse en une nuit et éclot dès le lendemain. Je veux des images.

Je reprends contact avec mes nouveaux amis amis, Simplice, Meya, Miss Madisson, Zinga zinga, tous sont d’accord pour m’offrir quelques poses.
Nous nous retrouvons au centre ville, dans la boutique que gère Simplice, « Brazza pas cher ».
Avant de commencer nous nous attablons dans un petit « maquis » et ils commandent quelques Ndok et Prismus, histoire de se mettre dans l’ambiance. Juste ce qu’il faut!

Ces membres de la « Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes » sont plus qu’à l’aise devant l’objectif, ils jouent, et nous montrent avec coeur toute l’étendue de leur passion. Le temps s’arrête pour eux car tous s’amusent follement. Et moi aussi je l’avoue.
Fort de cette expérience toute citadine, Nous décidons ensemble, de nous retrouver pour une nouvelle séance photos sur les bords du fleuve Congo, face à « l’ïle au amoureux ».

De ces moments de partages, 20 photographies ont été présentés à la Biennale des Arts de Dakar en 2014, lors d’une exposition collective « WOW » à la ART HOUSE of Dakar (maison d’artistes).

2022

Je voyage à nouveau vers le Congo Brazza. C’est un voyage personnel puisque ma fille vit et travaille la bas, dans la préservation de la faune.

Il s’est passé 10 ans et j’appelle Simplice. L’accueil est chaleureux, joyeux, et nous programmons une journée de séance photos. J’avais envie de retrouver les mêmes : le sourire de Meya, la danse de Miss Madison, la passion de Simplice.

Tendresse nous rejoindra, car Chrissie n’était pas disponible et un jeune formé par Miss Madison, Ngoula Luxan. La Sape se transmet, le respect des anciens est important.

Pour cette série, j’avais envie de retrouver le maquis ou nous nous étions rencontré. Il existe toujours mais s’est modernisé, l’écran tv est toujours là.

J’avais en tête de découvrir les lieux de vie de mes amis. Je voulais découvrir ces dressing incroyables qui envahissent salons et chambres.

Une fois de plus nous avons joué et me amis ont pris un soin tout particulier à choisir leurs tenues magnifiques. Ces photos sont plus intimes. Il n’est pas dans les habitudes de pénétrer dans l’antre de leur longue vie de Sape.